Les jours défilaient et ses espoirs disparaissaient, embourbés dans les tranchées. Elle était sur le point de lâcher prise, de laisser son rêve tomber dans le gouffre sans fond du raisonnable lorsque la douce musique du destin se fit entendre.
Ce fut tout d’abord une note unique, orpheline. Un BONG qui la sortie d’une triste torpeur sur la route de l’école. Ce n’était pas le « bong » vulgaire du bidon d’huile de vidange mais un son harmonieux plein de vie et de promesse. Elle n'aurait jamais crut que le pare-choc de leur vieille Vauxhall était capable d’un tel raffinement. L’âme encore emplie de ce ravissement Hope tendit une oreille avide, mais rien, pas une note de plus. Au volant, sa mère semblait ne rien avoir entendu. Elle avait sûrement rêvé…
Hope n'aimait pas le sentiment d'enfermement lié à l'école. C'était chaque fois pour elle une journée de plus en captivité. Les murs de la cour, les grilles bien trop hautes, l’école lui faisait penser à un hôpital psychiatrique où les patients seraient tous plus ou moins volontaires. Elle n’y avait aucun ami. C’était donc seule au milieu d’une foule de pathologies qu'elle passait ses récréations, impatiente toujours de reprendre les leçons.
Ah, être assise au fond de la classe près du radiateur, bercée par la voix monotone de Mr Rocher l’instituteur…Elle somnole entre rêve et réalité...
Hope s'imaginait centaure, mi-femme mi-bureau, ses jambes d’acier ne supportant plus l’immobilité imposée, ses pieds frémissaient, le galop libérateur s’annonçait dans chaque veine, chaque capillaire, elle allait ruer, bondir ; frapper le sol et le vent de ses sabots avides. Hop goûtait l’écume, reniflait la sueur avant l’effort, mais BONG !
La même note ronde la rappela à la réalité. Cette fois c’était le gros radiateur en fonte qui se faisait musicien. Un musicien monstre qui jouait sans règles
ni limites. L’ensemble de la classe écoutait et frémissait en entendant l’improvisation vocale de la tuyauterie, jusqu’au moment où le maître lui coupa le sifflet en fermant le vieux robinet.
Plus tard lorsque la sonnerie retentit, les autres enfants se précipitèrent, les pieds des chaises hurlèrent en griffant le sol et à peine sortis de la classe, garçons et filles aboyèrent leur joie d'être libre. Hope se leva lentement, pas tout à fait certaine d'avoir retrouvé ses jambes de jeune fille. Mr Rocher lui sourit sans un mot, elle le salua et quitta l'école.
Sa mère l'attendait à l'extérieur de la voiture, elle semblait préoccupée. Elle observait le pare-choc et la roue avant droite.
« Qu'est-ce qu'il y a maman ? »
« Aaaaaah ! Hope tu m'as fait peur, je ne t'ai pas entendu arrivée, fais attention la prochaine fois. Tu vas me faire mourir. »C'était typique de sa mère, toujours à exagérer ses réactions.
« Pourquoi tu regardes la voiture comme ça ? » Hope s'était penchée pour voir ce qui attirait l'attention de sa mère, mais celle-ci la prit par l'épaule et l'emmena vers la portière arrière.
« Rien, pour rien, je crois que j'ai roulé sur un truc dégoutant. Allez monte, rentrons.»